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Extrait d'ouvrage

Au Delà de nos Catégories

1205 750 Adam Braham
Extrait

Au Delà de nos Catégories.

Nous nous assîmes côte à côte sur un rocher, les pieds ballants dans le vide, et restâmes silencieux plusieurs minutes, contemplant ce paysage grandiose qui me faisait me sentir tout petit.

C’est le guérisseur qui finit par rompre le silence de sa voix posée et bienveillante.
– Que voyez-vous dans les rizières ? On apercevait au loin, tout en bas, des dizaines de paysans, les pieds dans l’eau jusqu’à mi-mollet, le dos courbé et les mains tendues vers les plants de riz.
– Je vois un ensemble de travailleurs s’activant dans les champs.
– Non, pas un ensemble de travailleurs.
– Un groupe de paysans, si vous préférez.
– Non, ni un ensemble, ni un groupe. Bon, voilà qu’il joue sur les mots, me dis-je.
– Savez-vous, reprit-il, combien il y a d’êtres humains sur Terre ?
– Entre six et sept milliards.
– Et savez-vous de combien de gènes est constitué chaque être humain ?
– Je ne sais pas, quelques milliers ?
– Un peu moins de trente mille. Et parmi les six milliards d’êtres humains, il n’y en a pas deux qui rassemblent les mêmes gènes. Pas deux ! Vous vous rendez compte ? Sur six milliards d’êtres humains, il n’y en a pas deux qui soient identiques !

– Oui, chacun de nous est unique.

– Exactement ! Et même si certains pratiquent le même métier, au même endroit, au même moment, on ne peut les considérer comme un groupe ni un ensemble, parce que, quels que soient les points qu’ils peuvent avoir en commun, il y aura toujours plus d’éléments qui les différencient que de points communs liés à leur métier !

– Je comprends ce que vous voulez dire.

– On a parfois tendance à raisonner par catégories, à considérer les gens comme s’ils étaient tous pareils au sein d’une catégorie, alors qu’en fait, dans ce champ en bas, il y a plusieurs dizaines de personnes ayant chacune une identité propre, une histoire propre, une personnalité spécifique, des goûts particuliers. Plus de la moitié d’entre elles vivent au village, et je les connais. Rien que du point de vue de leur motivation à faire ce travail, il existe des différences. L’un le fait parce qu’il aime être au contact de l’eau, alors que son voisin, lui, n’a pas le choix, un troisième le fait parce que cela lui rapporte un peu plus que son ancien métier, et un quatrième pour aider son père. Le cinquième parce qu’il aime prendre soin des plants et les voir pousser. Le sixième exerce ce métier parce que c’est la tradition dans sa famille et qu’il ne lui est pas venu à l’esprit de faire autre chose.

Quand on raisonne par groupes, par ensembles, par camps, on fait abstraction des particularités, de la valeur et de l’apport de chaque individu, et on tombe facilement dans le simplisme et la généralisation.
On parle des travailleurs, des fonctionnaires, des scientifiques, des paysans, des artistes, des immigrés, des bourgeois, des femmes au foyer.
On bâtit des théories qui servent nos croyances. Et non seulement la plupart de ces théories sont fausses, mais elles poussent les gens à devenir ce que la théorie dit qu’ils sont.

– Je comprends.

– On fait un grand pas dans la vie quand on cesse de généraliser ce qui concerne les autres, et que l’on considère chacun individuellement, même s’il fait de toute façon partie d’un tout qui le dépasse, l’humanité et, même au-delà, l’univers.

Laurent Gounelle, L’homme qui voulait être heureux. p118 à 119.

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